Rencontre avec Mona Francis, championne de para triathlon

Le 2 septembre prochain, Mona Francis s’élancera pour 750 m de natation en eau libre, 20 km de vélo et 5 km de course à pied au départ du Pont Alexandre III, l’un des plus beaux de Paris, reliant les deux rives de la Seine. Et qu’on se le dise, la jeune championne française de para-triathlon le fera pour gagner et décrocher une médaille aux Jeux Paralympiques de Paris 2024. Depuis des mois, celle qui a perdu sa jambe droite dans un accident de moto il y a 10 ans, s’entraîne en vue de cette compétition triplement exigeante. Avec un enthousiasme et une volonté qui forcent l’admiration et les encouragements, elle y croit. Nous aussi !

France.fr : Qu’ont pour vous de particulier les Jeux Paralympiques 2024 et qu’en attendez-vous?

Mona Francis : Pour les athlètes français, les Jeux de Paris seront forcément particuliers. Beaucoup de personnes qui nous sont chères seront dans le public et ce sera donc très différent des JOP de Tokyo en 2021. On sera chez nous, à la maison ! Et donc tout le monde nous en parle, tout le temps. Difficile de décrocher alors qu’on est encore à plusieurs mois de l’ouverture des Jeux Paralympiques le 28 août 2024. Pour la sélection officielle, nous ne serons d’ailleurs fixés que début juillet. En ce qui me concerne, les résultats 2023 sont bons. Je suis dans le Top 9 mondial, classée sixième. Je dois cependant encore faire mes preuves. Ce n’est joué pour personne mais je suis hyper motivée. Je veux aller aux JOP et monter sur le podium !

France.fr : Quelles sont les particularités du triathlon ?

Mona Francis : Un triathlon enchaine 750 m de natation, 20 km de vélo et 5 km de course à pied. C’est un sport individuel, d’endurance et très chronophage qui demande beaucoup d’entraînement au quotidien et aussi beaucoup de volonté, d’autodiscipline car je n’ai pas de partenaire ni d’entraîneur qui sont là tous les matins. Si l’on est n’est pas rigoureux à l’entraînement, on n’y arrive pas. Je nage tous les matins. J’enchaine avec de la musculation deux fois par semaine. Les autres jours, c’est footing. L’après-midi, je pédale, des grandes sorties y compris l’hiver. C’est ingrat mais cette endurance paie au printemps !

"Le parcours en met plein les yeux ! On passe devant tous les beaux monuments de Paris."

France.fr : Parlez-nous du parcours du para triathlon qui se déroulera le 2 septembre 2024 à Paris

Mona Francis : Une vraie carte postale ! L’épreuve de para triathlon pour ma catégorie de handicap aura lieu effectivement le 2 septembre 2024. Et le parcours, au départ et à l’arrivée du Pont Alexandre III à Paris, est magnifique ! Je l’ai repéré le 19 août dernier lors des épreuves test, la répétition générale des épreuves, et ça en met plein les yeux! On passe devant tous les beaux monuments de Paris. On commence par l’épreuve de natation, 750m dans la Seine. On en sort au niveau des Petit et Grand Palais pour les épreuves de cyclisme et de course à pied que j’effectue en hand bike puis en fauteuil d’athlétisme. On remonte ensuite les Champs-Elysées, on redescend l’avenue Montaigne. On longe un peu les quais et on passe sur le Pont Alexandre III, en face des Invalides pour la transition et la ligne d’arrivée. C’est vraiment atypique et de toute beauté même si nous, les athlètes nous serons concentrés et pas là pour faire du tourisme. Mais pour le public, ce sera extraordinaire et les spectateurs auront le temps d’en profiter lors des 5 tours de l’épreuve.

France.fr : Que représentent les JOP 2024 pour le handisport et quels messages souhaitez-vous faire passer ?

Mona Francis : Les messages, il ne faut pas attendre le jour de la course pour les faire passer. La sensibilisation au handicap, je m’y emploie au quotidien en rencontrant des jeunes, en faisant des interventions dans des écoles. Ma préparation ne me laisse malheureusement pas beaucoup de temps et cela demande de l’énergie mais j’adore rencontrer des écoliers. Il y a un vrai besoin de parler du handicap, de comprendre, de savoir comment s’exprimer et se positionner face à une personne en situation de handicap. Cela dit, le jour de la course, j’espère qu’on ne va pas nous voir comme des personnes en situation de handicap qui pratiquent un sport, mais plutôt comme des sportifs, tout simplement ! Certes des sportifs en situation de handicap mais d’abord des sportifs qui viennent chercher une performance. Ce n’est pas parce que nous sommes handicapés que nous participons aux JOP, c’est parce que nous sommes des sportifs de haut niveau avant tout !

France.fr : Quelles sont les valeurs qui vous accompagnent dans la vie ?

Mona Francis : Ce sont des valeurs du sport que j’ai réussies à intégrer dans mon quotidien. Des valeurs que je n’avais pas avant mon accident. J’essaie d’être rigoureuse dans ce que je fais. Lorsque je fais quelque chose, je le fais bien ! Cela rejoint l’idée que si je veux aller aux Jeux Paralympiques, c’est pour décrocher une médaille, pas juste pour participer. Je suis un peu teigneuse pour ne pas dire têtue.

France.fr : Quels sont vos coups de cœur en France et quelles seraient vos recommandations pour un séjour touristique réussi lors des JOP 2024 ?

Mona Francis : Je suis une grande amoureuse de la Côte Atlantique, toute la côte atlantique ! Ayant habité à Nantes, j’apprécie tout particulièrement la Loire-Atlantique et la côte sauvage entre Pornic, Saint-Nazaire et la presqu’île du Croisic. Dès que je peux m’entrainer en eau vive, je quitte mes entrainements en piscine pour l’océan. Il y a une multitude de petites plages, de jolies criques autour du Croisic et de Saint-Nazaire. J’ai un faible pour celle de Sainte-Marguerite, à deux pas de Pornichet et de La Baule. Elle est très sympathique et accessible, pas trop fréquentée au printemps. On peut y laisser ses affaires, aller nager. J’apprécie cette tranquillité. Au fil des compétitions, j’ai découvert aussi des régions de France qui m’ont séduite. Ainsi la ville de Montélimar, au sud de Lyon. On est dans la Vallée du Rhône, pas loin de la Provence. J’y apprécie le climat, les gens, le cadre… C’est très joli !

France.fr : Vous résidez et vous entraînez dans le Val de Loire, un autre coup de cœur ?

Mona Francis : Je me suis installée à Sandillon, pas très loin d’Orléans dans le Loiret, pour pouvoir pédaler le long de la Loire sur le parcours de la Loire à Vélo qui est tellement beau ! Quelle que soit la saison, c’est magnifique, tout le temps, tous les jours. Surtout, c’est une voie cyclable en site propre très bien aménagée. Je l’ai choisie aussi pour le côté pratique. En fauteuil d’athlétisme, c’est sécurisé, propre, sans obstacle, ni racine. Pour cela, c’est un parcours tout public, idéal en famille par exemple. Et pour les sportifs, c’est le rêve ! Je ne regarde pas beaucoup le paysage mais même en produisant un effort intense, c’est agréable de pédaler ainsi.

France.fr : Et les châteaux de la Loire ne sont pas loin…

Mona Francis : Oui, pour les sportifs comme pour les autres, découvrir la Loire à Vélo, et en particulier cette portion dans le Loiret autour d’Orléans, est une bonne idée. On n’est pas loin de Paris où se disputent les épreuves de triathlon et les châteaux de la Loire sont faciles d’accès à vélo grâce à de nombreuses boucles et circuits. Je pense par exemple à celui de Sully-sur-Loire dont on peut coupler la visite avec celle d’Orléans, sa cathédrale… Il y a de quoi faire. Je recommande !

France.fr : Autant de raisons de ne pas manquer les Jeux Paralympiques en France ?
Mona Francis : Il faut venir ! Il y aura des athlètes, des performances. Le public va en prendre plein les yeux et vivre de belles émotions. Au-delà du handicap, c’est l’occasion de découvrir également des sports peu médiatisés, dont on entend rarement parler, de faire connaissance avec des sportifs de haut niveau. On espère bien être soutenus par le public et pas seulement français !