Paula Miquelis, co-fondatrice du Conscious Festival : "on peut tous faire des little green steps"

A 31 ans, la co-fondatrice du Conscious Festival, dont la 2e édition parisienne se tient au Ground Control du 30 septembre au 2 octobre 2022, a déjà eu plusieurs vies. Elle nous raconte sa vision d'une écologie joyeuse dans les domaines du lifestyle et du voyage.

Jeune trentenaire, Paula Miquelis n'a pas perdu de temps. Elle qui se voyait danseuse au Crazy Horse a d'abord été rattrapée par les injonctions d'une certaine idée de la réussite.

Fraîchement diplômée d'une école de commerce prestigieuse, elle plaque son emploi de contrôleuse de gestion dans une banque d'investissement un an seulement après ses débuts, et décide de tout recommencer.

En Asie, un master d'entreprenariat social en poche, elle cherche alors sa propre voie, plus créative, plus porteuse de sens. Elle fonde le média Green is the new black sur l'éco-responsabilité, et co-fonde le Conscious Festival, un événement "éducatif et festif" sur la transition écologique et le bien-être.

Niçoise d'origine, elle s'est installée à Lisbonne face à la plage, où elle s'adonne au surf quand son boulot-passion et son bébé de quelques mois lui en laissent le temps. Rencontre avec une hyper-active qui ne conçoit la défense du vivant que dans la joie.

France.fr : Comment vous est venue l'idée du Conscious Festival ?

Paula Miquelis : Un an après avoir débuté ma vie professionnelle, j'ai eu une crise de sens, qui m'a fait très mal. J'ai eu recours à des techniques comme la sophrologie, qui emprunte aux techniques de méditation et de respiration de l'Orient. En Asie où j'ai suivi un 2e master, j'ai découvert l'entreprenariat social que l'on désigne en France sous le terme d'Economie Sociale et Solidaire (ESS). L'idée que, en tant qu'organisation privée, on peut à la fois générer des profits et avoir un impact qui soit régénérateur, au bénéfice des gens, des communautés, des animaux, de la nature et de notre survie sur la planète, a été une révolution pour moi. J'ai rejoint une entreprise de l'ESS, qui organisait des tours en Asie du Sud-Est sur la notion de sens, ce que les anglosaxons nomment "purpose". Cela consistait à faire vivre des expériences incroyables à des collaborateurs, à leur faire rencontrer des ONG. Derrière nos bureaux, c'est parfois compliqué de prendre conscience des impacts et des conséquences de nos actes.

Au début des années 2010, j'ai fait le constat qu'il n'existait rien qui corresponde à une narration optimiste et moderne de l'écologie : le discours était porté essentiellement par des activistes alarmistes, pessimistes et selon une esthétique assez "old school". Une amie australienne qui a grandi en Asie, Stéphanie Dickson, avait déjà commencé les Conscious Festival 3 ans auparavant. De mon côté j'avais créé le média Green is the new black. On s'est dit qu'il était possible de parler d'écologie sans que ce soit un fardeau, sans être catalogué comme l'écolo de service. On a lâché nos jobs respectifs pour se lancer à plein temps, avec une tagline : "little green steps".

Quel est le concept du festival et du média ?

P.M. : Avec Green is the new black, on s'est dit que l'on pouvait regrouper des gens qui pensent comme nous, des marques de mode, d'alimentaire et d'autres secteurs du lifestyle, comme le voyage, qui puissent prêcher la bonne parole parce que cela donne du sens et les met en joie. Le mot clé pour nous : que l'écologie soit désirable. On a développé ce qui était un blog en ajoutant des services, en créant un répertoire de marques éco-responsables, un groupe de contributeurs capables de rendre des sujets de fond désirables et accessibles. L'écologie est très souvent en rapport avec les sciences, et en lisant un rapport du GIEC par exemple, il est très facile de ne rien comprendre.

D'une manière générale, ce que l'on souhaite c'est utiliser les codes de communication et de marketing des grandes marques qui ne font pas forcément du bien à la planète, mais au profit de l'écologie. En incitant chacun à faire des efforts chacun à son niveau. On organise le Conscious Festival depuis 2015 à Hong-Kong, Singapour, Londres et désormais Paris depuis l'an dernier. Il propose 4 piliers d'activités : des conférences et des ateliers, de l'art et de la musique, des performances et un défilé de mode éco-responsable. La journée grand public est payante, mais elle gratuite pour les étudiants et les personnes en difficulté. On est ultra-inclusifs.

__Est-ce que vous sélectionnez les marques avec lesquelles vous travaillez en fonction de leur compatibilité avec un développement durable?

P.M. :__ On essaye de changer le système de l'intérieur, en travaillant avec des marques qui ne sont pas parfaites, mais qui s'engagent à être transparentes. Il y a tout de même des industries avec lesquelles on ne travaillera jamais, comme la fast-fashion qui, par essence, ne pourra jamais être éco-responsable, tout comme l'industrie pétrolière ou Amazon. Mais l'an dernier, nous avons travaillé avec Kering, qui veut aller très loin sur le sujet, en avouant clairement qu'il a encore plein de défauts. Voilà pour les multi-nationales. Sinon on travaille avec des entreprises de l'ESS, qui affichent de plus en plus de certifications, comme B-Corp, de labels comme le Nutriscore dans l'alimentaire, ou avec les fédérations comme celle de la mode circulaire. La mode prépare un label inspiré du Nutriscore, mais c'est compliqué de mettre tout le monde d'accord !

Quelle est votre perception du secteur du tourisme dans ce domaine ?

P.M. : Nous avons un onglet "travel" sur Green is the new black. On a déjà travaillé avec de nombreux hôtels, en les conseillant sur la façon de gérer et mettre en oeuvre des actions qui peuvent sembler petites mais qui changent énormément la donne. On croit beaucoup à l'effet papillon, aux petits changements qui créent des vagues de changement. Nous disposons d'études de cas d'hôtels qui ont fait des choses très simples dans les domaines de la gestion des déchets, de l'énergie, de la communication, du sourcing et de la cuisine, mais sans injonction péremptoire. Il ne s'agit pas que tout le monde devienne vegan, ne prenne plus l'avion et vive dans la forêt pour méditer, mais que chacun à son échelle puisse mettre en place des actions en toute conscience qui aillent dans le sens du vivant.

Quels conseils donneriez-vous aux touristes pour voyager en mode durable ?

P.M. : Je dirais que tous les gestes comptes. On entend parfois que ce serait aux gouvernements et aux entreprises d'agir plutôt qu'aux individus. Notre position est que non, tous les gestes comptent pour atteindre un point de bascule. Mais pour convaincre, il faut qu'il y ait de la joie. Je conseillerais de choisir un domaine que l'on aime et de voir comment agir. Dans la mode par exemple, il existe plein de marques éco-responsables super cool. On n'est pas obligé de tout mettre en place d'un coup et dans tous les domaines, sinon c'est très stressant et l'on a le sentiment de tout faire mal. On peut trouver tout une série de conseils sur Green is the new black, comme de ne pas aller là où les touristes se rendent en masse, se déplacer le plus possible à vélo, faire de l'éco-tourisme...

Quels sont vos spots préférés en France ?

P.M. : Je vais dans le Sud de la France car je suis d'origine niçoise. Mes grands-parents ont une maison depuis longtemps dans l'arrière-pays, pas loin de Saint-Martin-Vésubie, la vallée qui a été inondée. Quand on voyage, on peut aussi aider les coins qui ont été sinistrés, et s'intéresser à l'écologie en régions rurales : c'est quoi un éco-village, la permarculture...

Propos recueillis par Virginie Dennemont

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