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La Puisaye de Colette

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Sidonie-Gabrielle Colette (1873- 1954), célèbre sous le nom de Colette, est une femme de lettres aux talents multiples, dont l’œuvre romanesque chante les paysages de sa région natale : la Puisaye, située au sud-ouest de département de l’Yonne, aux confins de la Bourgogne et du Nivernais. Nombre de ses romans ont fait l’objet d’adaptations  cinématographiques : « Claudine  à l’école », « Claudine en ménage », « Claudine s’en va », « Le blé en herbe », « Chéri », « La vagabonde », « Gigi »,  « Julie de Carneilhan », « Mitsou »…

« Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques-unes sont des ravins, c'est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là-bas, aussi loin qu'on peut voir... Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand-chose, les bois superbes dévorant tout. De sorte que cette belle contrée est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes disséminées, peu nombreuses, juste ce qu'il faut de toits rouges pour faire valoir le vert velouté des bois. »… Indique l’auteur dans de ses nombreuses évocations de sa Puisaye natale.

La maison de Claudine

Née au 8, rue de l’hospice - rebaptisée  rue Colette -, à Saint-Sauveur en Puisaye, Colette passe son enfance et son adolescence dans «  une maison bourgeoise de vieux village mais la pente raide de la rue bousculait un peu sa gravité et son perron boitait : quatre marches d’un coté, six marches de l’autre. Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatiguée, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon… » Plus tard, éloignée de sa maison, Colette écrit : « Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu’importe si la magie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait lumière, odeurs, harmonie d'arbres et d'oiseaux… » (« La maison de Claudine »).

Ruinée, la famille part à Châtillon-Coligny où elle loge au 20, rue de l’église, chez le Dr Achille Robineau-Duclos, fils du premier mariage de Sido, la mère de Colette. La jeune fille âgée de dix sept ans, déracinée, lit beaucoup et découvre le Gâtinais. A 20 ans, elle épouse  « Willy », un journaliste qui l’introduira dans des cercles littéraires et musicaux et l’encouragera à écrire. Le lendemain de la cérémonie, elle part pour Paris « dans un vieux wagon qui roulait avec une façon de diligence, en compagnie de trois hommes qui ne m'étaient guère connus mais dont l'un venait de m'épouser ». C’est le début d’une nouvelle vie parisienne et littéraire. Colette « écrivain régionaliste » connaît le succès, notamment avec les descriptions de sa Puisaye natale.

Dès lors, elle voyage beaucoup, ses écrits relatent la Corrèze, la Bretagne, la Provence mais la Puisaye, pays de l’enfance de « Minet-chéri », surnom que lui donne sa mère Sido, occupe une place privilégiée dans son œuvre.

Si l’auteur de la série des Claudine a choisi de finir sa vie à Paris, dans le quartier du Palais Royal, au 9, rue de Beaujolais, c’est encore au Musée Colette, installé dans le château de Saint-Sauveur, que le visiteur pourra découvrir son appartement parisien reconstitué et son univers littéraire à travers de nombreux objets et photos, sans oublier ses collections de papillons ou de boules de verre…

Verbatim

De la Puisaye, qui tire son nom de deux mots celtes, poël (l’étang) et say (la forêt), Colette dit : « Mon bouquet de Puisaye, c’est du jonc grainé, de grands butomes à fleurs roses plantés tout droits dans l’eau sur leur reflet inversé; l’alise et la corme et le nèfle, roussottes que le soleil ne mûrit pas mais que novembre attendrit ; c’est la châtaigne d’eau à quatre cornes, sa farine à goût de lentille et de tanche ; c'est la bruyère rouge, rose et blanche, qui croît dans une terre aussi légère que la cendre du bouleau. C'est la massette du marais à fourrure de ragondin et, pour lier le tout, la couleuvre qui traverse à la nage les étangs, son petit menton au ras de l'eau. Ni pied, ni main, ni bourrasque n'ont détruit en moi le fertile marécage natal, réparti autour des étangs… » (« Mes apprentissages »).