Allez au contenu Allez à la navigation Allez à la recherche Change language

Un métier d’art : l’ébénisterie

Partagez :Envoyer cette page à un ami Partager sur facebook Twitter

L’ébéniste est un artisan d’art qui conçoit et réalise, en bois massif ou plaqué, des meubles de création ou de style à l’unité ou en petit nombre. D’André-Charles Boulle à Charlotte Perriand, l’histoire du mobilier français témoigne de la richesse créative et de l’excellence du savoir-faire de ce métier qui illustre les arts décoratifs français.

Avec la découverte de terres nouvelles, au XVIe siècle, des essences de bois exotiques, telle l'ébène, arrivent en Europe. Le travail de ce bois aussi noir que précieux  va donner  le nom à une nouvelle catégorie d'artisans : les ébénistes. Ces derniers inventent des procédés pour travailler ces essences rares dans  le mobilier comme le placage ou la marqueterie. Les finitions de ces meubles  font parfois appel à des artisans spécialisés : marqueteur, monteur en bronze, sculpteur sur bois, doreur, vernisseur. Le mot ébénisterie apparaît pour la première fois dans le dictionnaire de l'Académie en 1732. 

Le Grand siècle

Aujourd’hui encore, le plus célèbre des ébénistes français reste sans doute André-Charles Boulle (1642-1732) considéré par le roi Louis XIV à partir de 1672 comme « le plus habile ébéniste de Paris ». Ebéniste du roi Soleil, il introduisit en ameublement l’art du bronze doré et de l’incrustation des meubles avec de l’écaille de tortue, de la corne, de l’étain, du laiton ou du cuivre, art dont il reste la référence absolue.

Le XVIIIe siècle, apogée du mobilier français

Le XVIIIe siècle est le grand siècle de l’ébénisterie française. Le style régence, dont le plus illustre représentant est Charles Cressent (1685-1768), ouvrira le bal et annonce le style rocaille et le style Louis XV. Des meubles plus petits, plus coquets, apparaissent bientôt, adaptés à une multitude de nouveaux usages. Puis la vague néoclassique de la seconde moitié du XVIIIe siècle emporte l’ébénisterie. La production de Georges Jacob (1739-1814) la traverse avec brio : c’est lui et sa dynastie qui incarnent au mieux le style Louis XVI, bien sûr, mais aussi le style étrusque, le style Directoire ou l’Empire. Ses meubles se retrouvent dans toutes les grandes collections muséales mondiales. Le XVIIIe siècle fut aussi celui de Jean-François Oeben (1721-1763) ou de Jean-Henri Riesener (1734-1806).

Si le mobilier du XVIIIe siècle est un peu moins prisé depuis quelques années, des meubles estampillés  par un Jacob ou un Adam Weisweiler (1744-1820), par exemple, atteignent des millions d’euros lors des ventes internationales. Au-delà des frontières de l’hexagone, ces ébénistes parisiens, d’origines parfois étrangères, mais incarnant le grand goût français du XVIIIe siècle, seront les fournisseurs les plus prisés des grandes cours européennes et de la haute aristocratie internationale.

L’Art nouveau du mobilier

Louis Majorelle (1859-1926) fut le grand ébéniste et décorateur de l’Art nouveau et de l’école de Nancy. Ses meubles, embellis par des entrelacements, prennent leurs sources dans la nature : plantes en tiges, nénuphars, chardons, libellules. Hector Guimard (1867-1942), architecte de l’Art nouveau, touche-à-tout génial, s’illustra lui aussi dans les arts décoratifs et l’ébénisterie.

L’Art déco au service de la création

Précurseur des Arts déco, surnommé le « Riesener du 1925 », le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann (1979-1833), à la fin des années 1920, accentue les formes géométriques, dépouillées, et le caractère fonctionnel de ses meubles. Il y incorpore avec art toutes sortes d’accessoires contemporains : téléphone, luminaire, tableau de commande pour l’éclairage, ouverture des portes et des volets... Autre grand représentant des Arts déco, Jean-Michel Franck (1895-1941), dont le style, qualifié de « luxe pauvre », se caractérise par des lignes rectilignes raffinées et l’utilisation de riches matériaux. Ses meubles sont très recherchés et certains sont connus mondialement comme le canapé Confortable ou le vase en verre cubique.

L’ère du design

Au XXe siècle, l’ameublement et l’ébénisterie entrent progressivement dans l’ère du design. L’architecte Le Corbusier (1887-1965) professe l'intégration de l'ameublement à l'architecture et travaille avec Pierre Jeanneret (1896-1967) et Charlotte Perriand (1903-1999). Il emploie le métal, le verre et le cuir pour des meubles fonctionnels édités par la maison Thonet. L’architecte et designer Jean Prouvé (1901-1984) est resté célèbre pour certaines de ses réalisations – bibliothèques, chaises, lits Antony, bureaux Compas qui figurent aujourd’hui parmi les meubles les plus cotés du XXe siècle (une édition originale de la chaise Antony s'évalue autour de 40 000 euros ; un fauteuil Kangourou s'est vendu 152 449 euros en mars 2001). Architecte, Jean Prouvé accordait un soin particulier au mobilier, utilisant la tôle pliée avec une créativité sans pareille.

A partir des années 60, le designer Pierre Paulin (1927-2009), d’abord influencé par les productions américaines de Charles Eames ou Florence Knoll, conçoit des sièges faits de coques en bois moulé garnies de mousse et habillées de housses en tissu extensible, aux formes souples et arrondies, aux couleurs vives. En 1971, consécration de sa carrière, il aménage les appartements privés du Président Pompidou à l’Élysée - salle à manger, fumoir, salon - puis, en 1984, le bureau du Président Mitterrand. Aujourd’hui, les sièges de Pierre Paulin sont exposés au Moma de New York, au centre Pompidou et au Victoria and Albert Museum, à Londres.

De nos jours, l’ébénisterie comporte  23 700 entreprises réparties en  deux filières : la fabrication de meubles et leur restauration. Pour devenir ébéniste, il est possible de débuter par  un CAP d'ébénisterie, continuer par un BAC pro d’ébénisterie,  un BTM (Brevet Technicien de Métier), un BMA (Brevet des métiers d'art)  puis un BTMS Ébéniste option conception et fabrication de mobilier contemporain ou un DMA (Diplôme des métiers d'art). L’école  Boulle , école supérieure des arts appliqués  dont le nom rend hommage à  André-Charles Boulle (1642-1732), propose des formations aux métiers d’art, du design et des techniques industrielles. L’Institut National du Patrimoine forme des restaurateurs en cinq ans. Les ébénistes sont représentés au Concours des Meilleurs Ouvriers de France.