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Jean Monnet, Robert Schuman, destins européens croisés

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Le 9 mai 1950, la France propose à ses partenaires européens la création de la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), ancêtre de l'Union européenne. Une proposition passée à la postérité comme "la déclaration Schuman".

L'idée est de Jean Monnet, l'inspirateur. La mise en œuvre est signée Robert Schuman, l'homme de pouvoir. Lorsqu'il rédige la note confidentielle préfigurant la déclaration Schuman, fin avril 1950, Jean Monnet est Commissaire général au plan. Artisan de la victoire des Alliés, il constate les limites des capacités nationales à relever l'Europe de l'Après-guerre et l'urgence d'intégrer l'Allemagne dans le camp occidental. Pour Monnet, c'est à la France de prendre l'initiative.

C'est vers son ami Robert Schuman qu'il se tourne pour faire définitivement échec à la possibilité d'une nouvelle guerre. Nommé ministre des Affaires étrangères en 1947, Schuman est un choix à la fois idéal et risqué : il est né allemand, en 1886, originaire d'une Lorraine alors annexée et l'idée même d'un rapprochement franco-allemand fait encore sourire. Le virage diplomatique qu'ils vont faire prendre à la France fait l'effet d'une bombe et leur vaudra le titre de "Pères de l'Europe".

La déclaration Schuman mélange audace et réalisme : il ne s'agit pas de faire l'Europe "d'un coup, ni dans une construction d'ensemble" mais "par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait", en mettant en commun les ressources en charbon et en acier d’une communauté où se retrouvent vainqueurs et vaincus. Réalisme et solidarité, deux lignes directrices qui, soixante ans après, gardent toute leur force.