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Le Déjeuner sur l’herbe, 1865-1866, Monet © Musée d’Orsay

Le Déjeuner sur l'herbe, 1865-1866, Monet © Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

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Loin de se limiter à la peinture de paysage, l'œil impressionniste s'intéresse au spectacle du monde dans toutes ses mutations. D'où le défi de figurer les femmes vêtues à la dernière mode en tant que représentantes de la vie moderne. C'est ce que dévoile cette grande exposition qui fait dialoguer plus de 70 chefs-d'œuvre impressionnistes où le vêtement semble prendre vie avec, en contrepoint, une cinquantaine de tenues masculines et féminines, dans une scénographie de Robert Carsen.

La "sensation de l'étrange exact" (J-K. Huysmans)

De la fin du Second Empire aux débuts de la IIIe République, les peintres impressionnistes s'efforcent de traduire la "métamorphose journalière des choses extérieures" (Baudelaire), ce qui revient aussi à rejeter la pose et la représentation scrupuleuse de l'habit pour la vision instantanée d'une élégance urbaine non ostentatoire, en accord avec les heures du  jour et l'air du temps. Ainsi les peintres impressionnistes restituent-ils de manière incomparable les jeux de la lumière sur les chairs et les textiles, mais aussi des attitudes et comportements qui, intégrés à l'atmosphère environnante, nous  apprennent beaucoup sur le "look" et la vie des contemporains, là où paradoxalement figures et vêtements  perdent "un peu de leur substance et de leur solidité" (Mallarmé).

Le flux de la "vie moderne en plein air"

"Je travaille comme jamais à des tentatives nouvelles, des figures en plein air, comme je les comprends, faites comme des paysages", écrit Monet en 1887. En témoignent déjà, en 1865, son fluide Déjeuner sur l'herbe, en réponse à celui de Manet (1863), ou son tableau Femmes au jardin, ces deux grands manifestes de la "nouvelle peinture" qui associent la peinture de paysage au déploiement de toilettes de Parisiens vêtus au goût du jour, laissant à penser que le tableau a été peint en plein air d'une touche rapide, sur le motif. En témoigne également la "silhouette filiforme", très en vogue dans ces années-là, de la jeune Montmartroise de La Balançoire (1876) de Renoir portant, dans la lumière filtrée par le couvert des arbres et un entrelacs de touches de couleur où elle se dissout, une robe de mousseline blanche agrémentée de nœuds de rubans bleus.

En contrepoint à l'approche impressionniste

Pour mieux appréhender les quelque 70 chefs-d'œuvre de Caillebotte, Manet, Monet, Renoir, Degas, on pourra voir en contrepoint, au sein même de l'exposition, quelques œuvres académiques de leurs contemporains James Tissot (Le Cercle de la rue Royale, 1868), Jean Béraud (Une soirée, 1878) ou encore Albert Bartholomé (Dans la serre, 1881), davantage préoccupés par une représentation réaliste de la Parisienne et de la haute société. En contrepoint, on pourra également contempler la cinquantaine de tenues sélectionnées par le musée d'Orsay dans "les malles" du musée Galliera, dressant un panorama de la mode féminine de l'époque. Une mode essentiellement marquée par l'abandon de la crinoline, au profit de la tournure, pour une nouvelle "façon aussi commode que gracieuse de relever les robes". Enfin, on pourra voir et consulter de nombreux dessins, photographies, gravures de mode et journaux de mode, dont la revue de Mallarmé La dernière Mode.

Des tableaux non présentés à Paris depuis des décennies

Organisée conjointement par le musée d'Orsay, le Metropolitan Museum of Art de New York (le Met) et The Art Institute of Chicago, l'exposition porte tout particulièrement sur la période 1860-1885. Elle s'appuie sur des œuvres appartenant aux trois musées, mais aussi sur des toiles prêtées par d'autres grands musées européens. C'est ainsi que vous pourrez découvrir des tableaux qui n'ont pas été présentés à Paris depuis des décennies : le portrait de Madame Charpentier et ses enfants de Renoir, prêté par le Met, Nana de Manet, prêté par le Hamburger Kunsthalle de Hambourg, ou encore La Loge de Renoir, du Courtauld Institute de Londres. En contrepartie, le musée d'Orsay prêtera des toiles majeures de cette exposition itinérante au Met pour l'étape new-yorkaise (du 19 février au 27 mai 2013) et à l'Art Institute de Chicago (du 29 juin au 22 septembre 2013).