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Rentrée littéraire

La rentrée littéraire est le nom donné en France au boom des parutions de nouveaux livres (tous genres confondus) chaque année entre fin août et début novembre. © François Guillot - AFP

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Avec une rentrée littéraire 2012 sous le signe de l'actualité, un large éventail d'écrivains semble avoir pris le parti de quitter le roman introspectif et l'autofiction, pour prendre le pouls d'une époque, montrant que le roman, dans sa diversité, reste l'arme la plus forte pour explorer un monde en crise afin de le dire et l'aider à respirer.

Chroniques d'une époque

Épopée économique française, La Théorie de l'information (Gallimard), premier roman d'Aurélien Bellanger, jeune émule de Michel Houellebecq, s'impose comme la révélation de la rentrée littéraire. C'est l'odyssée sur près de 40 ans – de l'invention du Minitel à l'après Web 2.0 – d'un certain Pascal Ertanger, avatar de Xavier Niel, l'actuel patron de Free. Côté social, autre grand roman de cette rentrée littéraire, sur la banlieue d'aujourd'hui et les déclassés : Les Lisières (Flammarion), roman générationnel et fraternel de l'"écrivain géographique" Olivier Adam. Quant à Marie-Hélène Lafon, c'est bien en "fille de paysans" que son roman Les Pays (Buchet Chastel) alterne d'une écriture vertigineuse le "on" et le "elle" pour raconter l'arrachement au village natal et le déracinement.

La chute comme tremplin

Ce n'est pas le monde qui s'écroule, mais nous-mêmes, dit en substance Saint Augustin dans son célèbre sermon, prononcé le 29 juin 411. Le roman de Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), y fait référence pour nous entretenir du destin obscur de nos propres existences et nous faire rebondir. Dans un autre registre, "Toute sa vie, on cherche le lieu d'origine, le lieu d'avant le monde", écrit Pascal Quignard, prix Goncourt 2002, qui regarde lui aussi les hommes tomber à travers l'histoire et la littérature dans Les Désarçonnés (Grasset), VIIe tome de sa série Dernier Royaume, pour un éloge du désarçonnement et de la chute, comme tremplin à une possible réinvention de soi.

Politiquement incorrect

Pour la première fois, l'auteur culte de 37°2 le matin, Philippe Djian, fait son entrée dans la compétition littéraire, avec "Oh…" (Gallimard), dernière réplique de l'héroïne de son nouveau roman qui sera vraisemblablement l'un des plus controversés de la rentrée. Philippe Djian se glisse dans la peau d'une femme à l'aube de la cinquantaine – une femme violée qui, sans le savoir, va finir par coucher avec son violeur. Le nouveau roman de Christine Angot, Une semaine en vacances (Flammarion), nous met également à l'épreuve du viol en revenant sur l'inceste qui l'a projetée en littérature. En réponse à ces deux romans, le 21e roman en 20 ans d'Amélie Nothomb, Barbe-bleue (Albin Michel), revisite le conte de Perrault pour nous dire : "Sans doute existe-t-il, chez la plupart des femmes, une forme de masochisme. […]  J'imagine que c'est le côté obscur de la féminité."

L'Histoire au rendez-vous

Avec une autofiction en perte de vitesse, de nombreux écrivains se sont emparés de l'Histoire, avec notamment le livre sur Alexandre le Grand, Pour Seul cortège (Actes Sud), de Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004, et le fascinant Napoléon ou La Destinée (Gallimard) de Jean-Marie Rouart. Sans oublier le "roman d'invention sans fiction" de Patrick Deville, Peste & Choléra (Seuil), dont le héros est le découvreur franco-suisse du bacille de la peste, exilé en Extrême-Orient, Alexandre Yercin.

Sous embargo

Le nouveau roman de Patrick Modiano, L'herbe des nuits, ne paraîtra qu'en octobre. Seuls les premiers mots sont connus : "Pourtant je n'ai pas rêvé."